Il y a dix ans Spielberg disait qu’il rêverait de réaliser un film avec deux personnages et un seul décor mais jusqu'à présent, il n’avait pas trouvé de scénario adéquat.
Il y a dix ans Spielberg aurait confié la réalisation d’un tel film à quelqu’un d’autre, il se serait contenter de le produire, piloter le tout en coulisse.
Il y a dix ans DreamWorks n’existait pas.
Aujourd’hui il n’a plus rien à prouver. Il peut se permettre ce que certains prendront comme un film mineur, une récréation, un apéritif en attendant le plat du chef.
« Le terminal » s’inscrit dans la même thématique qui parcourt la filmographie spielbergienne. Un individu isolé, placé dans un endroit qu’il ne reconnaît, l’impossibilité de communiquer, les barrières –visibles, invisibles, théoriques. De « ET » à « Amistad » il y a toujours eut cette volonté de rentrer chez soit et il y aura toujours des chieurs pour vous en empêcher.
« Le Terminal » sous ses allures de bluettes dresse une vision pessimiste de notre monde actuel, qui commence par un épisode que Kafka n’aurait pas renié. Viktor est devenu « inacceptable ». Mais Spielberg s’amuse surtout. Rarement une comédie aura été maîtrisée de bout en bout, avec un rythme très étudié, laissant peu de place à de longueurs.
Ses deux personnages – allez disons trois. Viktor, Dixon et Amelia. Son décor : la zone aéroportuaire de JFK qui fut ENTIEREMENT reconstitué en studio. Tom Hanks montre l’étendu de son talent comique sans tomber dans la redite. Stanley Tucci, dont le rôle fait immanquablement pensé à un John Hammond qui veut contrôler le moindre détail de son « parc d’attraction » - on pourrait presque penser à Chrystof du « Truman Show » quand on sait que Andrew Niccols est à l’origine du scénario. Mais en même temps Dixon -Tucci est constamment derrière sa caméra – un réalisateur en somme, dont le contrôle du film lui échapperait au final….Catherine Z-J compose un personnage complexe, qui semble avoir une identité par escale. Mais Spielberg semble avoir perdu ses illusions quant à la romance. Pas toutes, mais certaines.
Reste que certains pourront trouver à redire sur certaines scènes bluettes. Mais elles apparaissent à l’écran comme des rêves de Viktor au milieu de son cauchemar. On notera l’évolution de la photo, froide au début, chaud voir saturé au milieu. Puis de niveau un ton très froid. Si Spielberg a toujours traité l’incommunicabilité dans ses films, rarement il aura tenu une telle place ici. Ici aussi multitude de vitres, d’écran, de barrières, de frontières.
« Le Terminal », sans être le meilleur Spielberg, est autant une récréation qu’une preuve qu’il n’a rien perdu de son talent, au contraire.
6/6
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