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  Critique Seven Swords

 


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Critique Seven Swords

n°1313
Prodigy
§?
Posté le 13-11-2005 à 14:22:12  profilanswer
 

Hop on continue la nouvelle politique avec la critique du dernier Tsui Hark :
 
"A l'aube des années 1660, la Mandchourie annexe la Chine pour y installer la dynastie Ching. A la suite des multiples insurrections contre le gouvernement, ce dernier interdit l'étude et l'exercice des arts martiaux afin de maintenir l'ordre et la discipline dans le pays. Fire-wind, chef militaire de la dynastie antérieure, se dit qu'en aidant le gouvernement à faire appliquer la nouvelle loi il parviendra à s'enrichir rapidement. Il a projeté de s'attaquer à la dernière ville frontière, petite bourgade du nom de Martial Village, dont les habitants sont réputés rebelles et courageux. Fu Qingzhu tente de mettre un terme à cette boucherie et décide de sauver Martial Village. Il convainc deux habitants de l'accompagner jusqu'au Mont Heaven pour solliciter l'appui de Maître Shadow-Glow. Ce dernier leur vient en aide et ordonne à quatre de ses meilleurs disciples de partir".
 
Retour gagnant ?
 
Personne n'ira le contester, Tsui Hark est un immense cinéaste, un de deux dont les livres d'histoire finiront bien par reternir le nom - de gré ou de force - et à l'inscrire aux côtés des Hitchock, des Kurosawa ou des Welles. Hark est toutefois de cette race de réalisateur qui est capable d'aligner presque simultanément les chefs-d'oeuvres et les bouses, de faire un The Blade quasi-définitif juste avant de s'exiler aux Etats-Unis pondre quelques Van Dammeries et un Double Team bien juteux et bien Z. Le genre de metteur en scène qui ose un Time & Tide visuellement radical juste avant un Legend of Zu tellement bourratif qu'il en devient écoeurant et un Black Mask 2 hallucinant de connerie que seuls certains adeptes du bis le plus déviant osent défendre avec aplomb. Une carrière en dent de scie qui fait de chaque projet du maître un "grand retour" potentiel, de laver à grande eau et de tout reprendre comme si ces films n'existaient pas. Seven Swords ne fait évidemment pas exception à la règle, encore plus quand le projet en question est un wu xia pian, genre dans lequel Hark a donné certaines de ses oeuvres les plus marquantes : Il Etait une fois en Chine, Green Snake, et bien sûr Zu, les guerriers de la montage magique et The Blade. Excusez du peu.
 
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Alors, Seven Swords est-il ce film du grand retour tant attendu ? La montagne et l'énorme budget engagé ont-t-ils accouché d'une souris ou au contraire du wu xia pian définitif dont rêvaient certains ? Ni l'un ni l'autre. Comme le Hulk d'Ang Lee, Seven Swords est de ces projets miraculeux qui ont tout pour réussir sur le papier et qui malheureusement se vautrent lamentablement juste avant le finish. Il n'est évidemment pas question de comparer deux échecs surtout que le film de Hark n'a rien d'un fourvoiement artistique de l'ampleur du film suscité (heureusement), mais l'accumulation de bons points - le retour de Liu Chia Liang en tant qu'acteur et chorégraphe, Kenji Kawai à la musique, Donnie Yen ou la charmante Charlie Yeung que Hark avait dirigé dans The Lovers parmi les acteurs, un style de film rêvé et un budget confortable - ne suffit pas à protéger le film des scories d'un montage problématique. Car la plus grande faiblesse de Seven Swords est bien là, dans cette impossibilité de laisser s'installer une histoire et des personnages totalement transparents, privé de background psychologique. De fait, certaines séquences comme la réunion des sept sur le Mont Heaven sont totalement incompréhensibles. D'autres, comme ce moment assez ridicule où l'un des personnages abandonne les chevaux et ne parvient pas à se séparer d'une des bêtes, alors qu'à aucun moment du film son attachement à l'animal ne nous est présenté de manière convaincante, tombent totalement à plat et encombrent littéralement le scénario et ses multiples sous-intrigues assez maladroites, faites de triangles amoureux et de suspicions de traîtrise. Ne parlons même pas du caméo embarassant de Michael Wong en prince moustachu, ou des interminables saynettes entre Donnie Yen et sa jolie coréenne, aussi ennuyeuses et grasses de préciosité que peuvent l'être en les wu xia pian prétentieux de Zhang Yimou. Le scénario ne prend même pas la peine de conclure certains arcs dramatiques, glissant par exemple vite fait sous le tapis, l'air de rien, l'amour que porte en secret la fille du chef du village à l'un de nos sept épéistes. Ce qui est d'autant plus navrant que le film sait pour une fois se faire sensuel en gentiment érotique, plein d'une chaleur humaine qui n'aurait demandé qu'à éclore dans l'accomplissement de certaines destinées amoureuses.
 
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Seven Swords souffre énormément de ce handicap émotionnel et les personnages à quelques exceptions près n'existent que sous la forme de silhouettes dans un maelstrom d'images magnifiques et spectaculaires. Car Seven Swords est bien évidemment aussi et avant tout un grand spectacle qui rempli, de ce point de vue-là au moins, admirablement bien son office. Sans briser de nouvelles barrières dans un genre où il a déjà été très loin, Hark nous gratifie, et c'est un peu le minimum que l'on est en droit d'attendre de sa part, de séquences de combats virtuoses et de moments guerriers tout à fait jouissifs, comme cet affrontement dans un couloir entre Sun Hong-Lei et Donnie Yen et ce sublime duel avec des épées dont les lames résonnent dans la nuit. Quand Hark s'abandonne un peu, quand Seven Swords se fait moins grand spectacle chichiteux et brise un peu le carcan dans lequel son budget l'emprisonne, le film devient tout de suite plus palpitant. Dommage que tout le métrage ne soit pas à l'image de ces moments d'excitation et de rage pure, à se demander si paradoxalement ce montage déjà bien trop court par rapport à la version initiale de 4h - dont on imagine qu'elle résoudrait tous les problèmes de contexe et de caractérisation des personnages - n'aurait pas mérité d'être encore plus ramassé et nerveux. Puisque Hark n'a visiblement pas pu construire la grande fresque ambitieuse et épique dont il rêvait, sans doute aurait-il mieux valu un film qui aille droit au but et qui ne s'embarasse pas de ces scènes encombrantes.
 
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En dépit de la déception, liée à l'ampleur du projet, aux problèmes du scénario, aux carences du montage (on remarque même une faute de raccord sur l'un des derniers plans du film) Seven Swords n'en demeure pas moins un excellent wu xia pian, une oeuvre visuellement splendide. Reconnu pour son style avant tout, Hark fait ici preuve d'une mesure voire d'une retenue dans la mise en scène qui étonne de sa part. On l'a connu plus radical. Réponse du berger à la bergère et à un cinéma local en crise car de plus en plus dénaturé par une consanguinité avec l'Occident, Seven Swords n'est donc pas le coup de poing sur la table que l'on imaginait, le hurlement de colère d'un Tsui Hark à une industrie doucement infiltrée, javelisée, vampirisée par Hollywood. Cette gueulante hargneuse, il l'a poussée dans Time & Tide, et Seven Swords nous le présente sous son jour plus posé, presque docile. Est-ce pour cela que le film déçoit en partie ? Probablement. Hark est de de ces cinéastes - comme Verhoeven avec qui il partage cette façon de s'approprier, de marteler, de détruire et de tordre dans tous les sens le matériau originel - capable d'enfoncer les portes à grands coups de bélier, de tout foutre par terre et de secouer un public apathique à grands renforts de plans fous et de chorégraphies barbares. Las, Seven Swords n'offre ni l'un ni l'autre : tout au plus est-ce un spectacle agréable mais poli, visuellement splendide mais beaucoup trop contenu pour être le choc attendu et espéré. Un spectacle pollué par une musique pompière vaguement héroïque qui choisit là aussi d'en faire des tonnes et ne fait qu'alourdir le propos au lieu de le rendre exaltant - Kenji Kawaï paraissait pourtant capable de bien plus fin et subtil chez Oshii. Au mieux, et en dehors des attentes déçues et des problèmes car il n'y a pas que ça, Seven Swords est un bon film dans la carrière de Hark, l'un de ceux qui feront sans doute partie du gratin de sa filmographie voire qui tâteront un jour peut-être l'une des toutes premières places si d'aventure une version 4 heures voit le jour et que cette dernière résoud les problèmes du film actuel. Là encore, pas de fantasmes fous ou d'utopies fantaisistes mais le simple constat que Seven Swords souffre de grosses carences de montage qui déséquilibrent le film et ses personnages, comme un Sept Samouraïs privé de son heure et demie d'exposition. Et quand le metteur en scène s'appelle Tsui Hark et que l'un de ses sommets se nomme The Blade, comment ne pas se montrer exigeant ?


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Chuck Norris approved

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