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Critique Sin City

n°1309
Prodigy
§?
Posté le 06-11-2005 à 16:05:17  profilanswer
 

Critique de Sin City, postée à l'occasion du test DVD zone 1 disponible ici :
http://www.resetmag.com/HTML/articles.asp?InfoID=9869
 
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Cinéaste a suivre pour les uns, à haïr pour les autres, Robert Rodriguez n'a sans doute pas eu le soutien qu'il méritait. Un peu trop rapidement catalogué "clone de Tarantino" par une critique qui adorait vénérer la première partie d'Une nuit en enfer, trop réussie pour ne pas être du Quentin, pour mieux copieusement détester la seconde, visiblement trop barrée et délirante pour être signée du chouchou des journalistes, Rodriguez avait pourtant fait d'excellentes preuves de son talent avec un petit bijou viril comme Desperado, qui réussissait alors à imposer le mâle Antonio Banderas en figure héroïque crédible, alors qu'il n'était jusque qu'un symbole sexuel pour quelques happy few fans de Pedro Almodovar. Hélas, la suite de la carrière de ce cinéaste souvent décrit comme flemmard et un peu glandeur* en dépit de son investissement sur les différents postes qui l'intéressent, du montage à la musique en passant par la production, ne confirmera qu'à moitié les espoirs placés en lui. En se fourvoyant dans des Spy Kids ou des Faculty indigents - voire dans une suite à Desperado généralement admise comme totalement ratée, Rodriguez laissait s'installer l'idée pernicieuse que, sans son mentor Tarantino, il n'était qu'un gentil artisan bricolo victime de ce que l'on appelle trivialement la chance du débutant.
 
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Inutile de dire qu'aux commandes d'un projet comme Sin City, oeuvre de fiction majeure d'un des grands auteurs de comic book de ces deux dernières décennies, Rodriguez était plus qu'attendu : il était presque redouté. Heureusement, tout au long de la route, les signes avant-coureurs se font encourageants, notamment la présence sur le tournage et même derrière la caméra de Frank Miller lui-même, Miller dont les relations avec Hollywood sont, on le sait, depuis toujours très problématiques : voir son script de Robocop 2 adouci par les studios (quelle force, pourtant!), ou celui du troisième opus, intégralement réécrit pour le résultat totalement abruti que l'on connaît. Avec l'assurance que le matériau original ne serait pas complètement perverti puisque son auteur lui-même veillait au grain, avec un casting de stars généralement aussi appréciées du grand public que des cinéphiles, et un bout d'essai particulièrement convaincant en guise de premier trailer, le film semble donc engagés sur les rails de l'adaptation fidèle et le soupir de soulagement est général.
 
Adoptant un parti-pris esthétique radical, un noir et blanc saisissant orné de-ci de-là de quelques couleurs primaires, généralement rouge sang, Sin City se veut donc une adaptation aussi fidèle que possible, un "portage" pour reprendre un terme généralement adapté aux jeux vidéo, de l'oeuvre dessinée sur grand écran. De ce point de vue-là, le pari est totalement réussi, et le film qui parvient à conserver un certain dynamisme tout en se constituant de cases de bande-dessinée mouvantes, parfois figées en vignettes aux perspectives purement graphiques, presque incongrues en termes de narration. Dans cette approche littérale du matériau crayonné, Sin City se rapproche d'un petit classique du genre, le Creepshow de George A. Romero, qui osait déjà à l'époque introduire des éléments dessinés dans une oeuvre de cinéma, avec des personnages à qui le ne manquait que des phylactères pour s'exprimer comme sur papier. Sans aller jusqu'à comparer le film de Robert Rodriguez à la série télévisée Batman des années 60, et ses onomatopées en plein combats - *pow* *bam* *whiz* - l'idée est bien là : fusionner les langages du cinéma et du comic book, dans ce qui devrait être le meilleur des deux mondes.
 
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Visuellement, le film est splendide, drapé dans un noir & blanc sublime. Mieux, il parvient à garder l'équilibre entre lisibilité et affection, entre moments poseurs et nécessités de narration, même si parfois Rodriguez et Miller n'évitent pas certains pièges stylistiques et semblent se faire plaisir avec des travellings circulaires grandiloquents ou des plans spectaculaires inutiles. Nous sommes toutefois dans un univers de Film Noir, de comic book hard boiled, un monde d'emphase où tout est exagéré, éclaté, grossi, déformé. Des inspecteurs désabusés aux longs imperméables souillés, des ruelles pavées où ruissellent la pluie aux prostituées revanchardes, Sin City est une exploration en bichromie des codes du polar urbain, avec ce que cela peut comporter de clichés ou d'archétypes. Et une fois encore, personne n'est tout à fait un bad guy, personne n'est totalement un bon samaritain. Passé au filtre Miller, la ville du péché n'a rien de la mégalopole où s'affrontent forces du bien et forces du mal : Sin City ne connaît pas d'innocents. Que cela soit Marv, la brute épaisse au coeur tendre qui torture et tue à la chaîne, Hartigan, le flic viellissant et intègre se salira de la pire des façons pour sauver la femme qu'il aime, ou Jackie Boy, le tueur recyclé en pleine guerre des gangs, les personnages principaux des trois histoires qui composent le métrage sont à la fois victimes et bourreaux, exécuteurs et suppliciés. On remerciera d'ailleurs Rodriguez d'avoir sur conserver la force du comic book, de ne jamais s'écarter de sa noirceur originelle, d'aller jusqu'au bout sans fléchir. Et quand bien même la violence du film peut parfois nous paraître légèrement adoucie (un tir hors champ, par exemple), en regard de ce qu'il nous montre par ailleurs, il peut difficilement être qualifié d'oeuvre de chochottes.
 
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Ce que le film réussit visuellement, bien qu'il ne soit pas, là non plus, irréprochable (les voitures en images de synthèse et certaines incrustations ne sont vraiment pas heureuses, l'inconvénient d'un tournage effectué intégralement sur fond vert), il le réussit moins bien d'un point de vue purement narratif. Très bavard, presque verbeux par moments, et quasi-intégralement en voix-off, Sin City peut paumer le spectateur par abus de mots. Surtout que, bien que Mickey Rourke, Bruce Willis et autres soit quasiment tous excellents, leur jeu parfois volontairement monolithique et guindé dans une intrigue qui va à cent à l'heure et ne laisse aucun moment de répit rend l'identification problématique, et donc l'émotion assez difficilement palpable. Malgré ses deux heures et quelques, Sin City va vite, très vite, parfois même au risque d'étourdir. Le film vole d'une histoire à l'autre comme Marv saute de toit en toit. Ingénieux, parfaitement construit, le scénario réussit en tout cas à ne jamais perdre le spectateur, en dépit du foisonnement d'intrigues, de dialogues, et de personnages. Un tour de force qui souffre toutefois d'une interprétation inégale, parfaite du côté de Willis et de Rourke, on l'a dit - Rourke génial en tête de lard revèche et vindicative qui traite ses bourreaux de lavettes alors que la chaise électrique vient de lui faire pisser le sang, moins convaincante chez Clive Owen ou Nick Stahl, décevants. Difficile, évidemment, de ne pas en faire des tonnes dans des intrigues croisées dopées à 30 ans de littérature policière, mais un peu de subtilité n'aurait sans doute pas nuit à ce Sin City qui donne la plupart du temps dans le lourd et un sérieux déstabilisant - Elijah Wood tentant de nous prouver qu'il peut être un acteur crédible en serial killer muet, on repassera. Tel un bolide lancé sur une autoroute en pleine nuit, Sin City fonce et ne s'arrête plus.
 
Avec tous ses travers de film comics appliqué, Sin City fait parfois figure de premier de la classe, tant la fidélité à l'oeuvre de Frank Miller pousse parfois à se demander si tout cela était bien nécessaire. Certaines et certains ont d'ailleurs reproché au film de n'être que le filmage littéral des planches originales, sans relecture, sans point de vue, sans travail d'adaptation. Si l'argument est tout à fait valide, il faut néanmoins reconnaître qu'en tant que film, en tant qu'oeuvre cinématographique, Sin City fonctionne, et fonctionne même plutôt bien. C'est un ride stylisé et sauvage, un vrai polar hard boiled animé par un amour sincère du genre, celui qui, en 1991, inspirait déjà Frank Miller au moment de créer sur le papier cet univers glauque et sans espoir. Là encore, Sin City fait figure de travail de régurgitation habile, mais prisonnier de ses propres codes. C'est oublier le plaisir quasi primal ressenti à la vision d'un Marv éreintant de coups des policiers ou traînant un indic la face sur le bitume, le bonheur de voir Rosario Dawson, guépière cuir, tous feux dehors, en walkyrie sauvage, et, plus simplement, la joie de découvrir enfin sur grand écran la vision intacte d'un Frank Miller, trop souvent trahi par Hollywood pour ne pas mériter mieux (vivement qu'Alan Moore s'investisse lui aussi sur les projets tirés ou inspirés de son oeuvre). Avec tous ses défauts d'adaptation littérale, ses acteurs pas toujours au top, ses doses anti-homéopathiques de voix-off et ses petites anicroches visuelles, Sin City n'en reste pas moins un spectacle jouissif et efficace, le genre d'oeuvres rares, osées et généreuses qui réhabilitent d'emblée une carrière. Un petit délice de noirceur cruelle, sanglant et violent, un conte de Grimm pour adultes où les putains, les tueurs pédophiles et les cannibales auraient remplacé les méchantes sorcières. Rendez-vous est pris pour Sin City 2.


Message édité par Prodigy le 06-11-2005 à 16:05:41

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Chuck Norris approved
n°1310
morgoth1
What the deuce ?
Posté le 07-11-2005 à 10:19:51  profilanswer
 

Je suis d'accord avec à peu près tout, mais t'as pas aimé le jeu d'Elijah Wood ? :??:
 
Moi il m'a quand même pas mal impressionné (enfin surtout ses yeux, en fait :D)

n°1311
Prodigy
§?
Posté le 07-11-2005 à 10:31:49  profilanswer
 

Non :/
 
Il fait pas peur j'ai trouvé :'(

n°1312
morgoth1
What the deuce ?
Posté le 07-11-2005 à 12:38:45  profilanswer
 

Ah :/


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